On a pris l’habitude, depuis deux ans, de lire l’actualité immobilière avec un fond d’inquiétude permanent. Taux qui grimpent, promoteurs qui vacillent, marché du neuf en berne… Et pourtant, en regardant les chiffres de cet été d’un peu plus près, un autre récit se dessine : celui d’un marché qui touche un point bas et qui, sur plusieurs fronts à la fois, recommence à avancer.
Pas de quoi parler de retournement spectaculaire. Mais assez pour dire, chiffres à l’appui, que la dynamique change de sens.
L’ancien renoue avec la croissance
Premier signal, et pas le moindre : les volumes de transactions dans l’ancien repartent. Avec 951 000 ventes enregistrées en 2025, le marché retrouve un niveau qu’on n’espérait plus, et les prévisions tablent sur +3 % de volumes supplémentaires pour 2026. Après deux années de tassement continu, c’est la première fois que le compteur remonte vraiment.
Côté prix, plus de dégringolade généralisée non plus : on parle désormais de quasi-stabilité au niveau national. Et certains marchés locaux font même mieux que résister — Rezé, dans la couronne nantaise, affiche +4,3 % sur un an ; Besançon +2,5 % ; Hyères +3,2 %. Ce ne sont pas des cas isolés, ce sont des signaux que la demande revient, marché par marché, dès que les conditions locales le permettent.
La construction sort la tête de l’eau
C’est sans doute le chiffre le plus parlant de l’été : les autorisations de logements collectifs ont bondi de +28,1 % au premier trimestre 2026 par rapport au premier trimestre 2025. Ce n’est pas encore la fin de la crise du neuf — le rythme reste inégal selon les acteurs — mais c’est un signe clair que les opérateurs recommencent à lancer des programmes.
Et certains promoteurs ne se contentent pas de suivre le mouvement, ils l’accélèrent nettement : BNP Paribas Real Estate affiche +88 % de progression sur ses résultats du premier semestre, Crédit Agricole Immobilier +52,8 %, Emerige +44,8 %. Altarea/Cogedim renoue lui aussi avec la croissance, avec 4 768 logements réservés (+3,4 %). Ce sont des acteurs qui ont su ajuster leur offre — des logements plus petits, mieux calibrés sur le pouvoir d’achat réel des ménages — et ça paie.
Autre bonne nouvelle, plus discrète : le groupe nantais Réalités, un temps en redressement judiciaire, en est officiellement sorti début 2026, plan de continuation voté à une large majorité par les créanciers. La preuve qu’un retournement est possible, même pour des acteurs qui ont traversé une passe difficile.
Une reprise réelle, mais à plusieurs vitesses
Il serait malhonnête de s’arrêter là sans nuancer. Tous les promoteurs ne surfent pas sur la même vague : Bouygues Immobilier et Vinci Immobilier restent sur un résidentiel encore déprimé, avec un chiffre d’affaires en recul chez ce dernier. Et l’investissement locatif reste le point noir du secteur, avec des ventes aux investisseurs tombées sous les 10 000 en 2026, contre 60 000 en période normale.
Mais c’est justement ce qui rend cette reprise crédible plutôt qu’illusoire : elle ne repose pas sur un effet d’annonce généralisé, elle se construit acteur par acteur, marché par marché, chez ceux qui ont su s’adapter. Et l’objectif affiché par le gouvernement — 400 000 logements par an d’ici 2030, porté par le plan de relance du logement inscrit au budget 2026 — donne un cap qui, pour une fois, correspond à une tendance déjà amorcée sur le terrain plutôt qu’à un vœu pieux.
Ce qu’il faut retenir pour la rentrée
Le marché ne repart pas partout ni pour tout le monde en même temps. Mais les indicateurs qui comptent — volumes de transactions, autorisations de construire, résultats des promoteurs les plus agiles — pointent tous dans la même direction depuis le début de l’été. Après deux ans de prudence, c’est peut-être le bon moment de regarder le verre à moitié plein.
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